


ll y a quelque chose de résolument animiste dans l’art de Thomas Dreyfuss, pas seulement parce que l’artiste est coutumier des séjours aux côtés des Afars, peuple nomade de la corne de l’Afrique, et qu’il s’intéresse à la manière dont les images se créolisent en produisant des figures hybrides. Sa peinture est à la fois une ode à la sensation et à une forme de bricolage assumé.
L’artiste porte une attention particulière à la superposition des couches picturales recouvrant la surface d’une toile à la manière des strates géologiques qui enveloppent les traces du passé. Ainsi, le dynamisme de certains aplats de couleurs de sa peinture est tributaire d’un travail subtil de recouvrement d’une multiplicité de couches chromatiques qu’il s’évertue à inciser afin d’en faire ressortir les repentirs, comme autant d’éclats insistants et troublants. L’importance des textures, de la gestuelle, et de la présence du corps de l’artiste dans sa peinture fait écho à ces cultures ancestrales qui privilégiaient l’enseignement de l’expérience sensible, à contrario d’une science occidentale essentiellement conceptuelle, abstraite de tout rapport aux sensations et à l’imaginaire.