





S’il est question de décalage, on pourrait dire que mon travail est décalé par rapport à ce que l’on appelle la „réalité“. Car dans l’expérience d’une oeuvre d’art, la signification de ce qui est représenté me semble tout aussi indéterminée qu’insignifiante, et l’intention subjective de l’artiste se cache derrière les coulisses de toute œuvre réussie. Celle-ci nous procure par son expérience un bien-être méditatif, aussi court dans la durée soit-il. Produire chez le spectateur cette expérience esthétique, cet état concentré et flottant dans lequel le phénomène perçu par mes yeux est là, pleinement présent, tout en restant indéfini et mystérieux, voilà ce à quoi j’aspire. Mon metier d’artiste consiste à créer l’essence de cette fusion avec l’objet perçu dans des tentatives sans cesse renouvelées au sein du laboratoire de mon atelier, comme un parfumeur crée un nouveau parfum.
Ce sont des peintures abstraites qui ne parlent de rien, qui ne font pas „abstraction“ mais qui invitent à une expérience bien précise: celle de soi-même, celle de ses propres sensations, quand on est plongé dans la présence d’une oeuvre d’art. Parmi les cheminements de traits, de ronds flottants sur des plans de couleurs, de couches diverses de peinture juxtaposées ou ajoutées les unes sur les autres, s’ouvrent des fenêtres: découpées dans la toile et refermées par un voile transparent, elles jouent un rôle majeur dans cette expérience. Ces carrés remplis de vide lui donnent un rythme, lui permettent de respirer, de s’organiser. Comme une composition musicale se nourrit des silences. Et tout comme le zéro est un élément absorbant de la multiplication, les fenêtres dans l’image la libèrent de sa fonction de représentation et lui permettent d’être là, sans plus. Et de servir à celui qui se laisse envahir par l’expérience de l’oeuvre à s’y perdre pour se retrouver, un peu plus serein.
Accrochage à l’atelier razumovsky: 19.04.2025 à partir de 18:00 h
Prochaine exposition: du 05.05.2025 au 05.06.2025 Wiener Neustadt, Autriche